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Tag - démographie

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mercredi 14 octobre 2015

Une éducation à grands coups de pathos

Histoire et manipulation : une éducation à grands coups de pathos

TRIBUNE | Quand un professeur demande à des collégiens de faire un bilan des traites négrières, s’appuie-t-il sur des données et des raisonnements scientifiques ? Poser la question, c’est y répondre…

Un de mes amis était affligé par le cours subi par sa fille de quatrième sur l'esclavage, assez pour partager avec moi les notes de cours prises par l’enfant et les objectifs affichés par son enseignant. Si j'ai pu, à la lecture de cette leçon, éprouver le relatif soulagement de voir qu'on ne se livrait pas à un révisionnisme éhonté (une information délibérément fausse 1), j'ai tout de même constaté que des biais de présentation étaient, de mon point de vue, mis en œuvre. Je ne peux bien évidement pas prouver qu'une idéologie préside à ces altérations, mais seulement déceler une certaine convergence de ces biais entre eux 2. La victime collatérale en est l'Histoire elle-même, privée de son illusoire neutralité objective qui lui est si nécessaire. Mais là n'est pas mon propos. Un objectif ambitieux L'enseignant affiche un objectif ambitieux : ses élèves doivent être capables de « faire le bilan des traites négrières ». Je me sens personnellement bien incapable de m'atteler à cette tâche, d'abord parce qu'il n'y a pas qu'un seul bilan et que je n'ai ni tous les savoirs nécessaires, ni toutes les compétences requises. Mais il est vrai que je ne bénéficie pas des enseignements éclairés de l'école d'aujourd'hui, je ne suis qu’un ancien élève sans doute devenu obsolète... Pour le bilan moral, pas de problème, c'est très simple. La dignité de l'homme est incompatible avec sa réduction en servitude qui le transforme en objet de commerce et en simple outil au service de son maître. La cruauté des traitements effectivement infligés aux esclaves est intrinsèquement révoltante pour nos esprits formés aux lumières des Évangiles ou des philosophes éponymes (qui brillaient sur ce sujet de feux bien ternes 3). La hiérarchie créée entre des groupes d'individus vole en éclat face à notre égalité dans l'amour que Dieu nous porte individuellement. En 1537, l'Église par la bulle pontificale Sublimis Deus de Paul III s'engage dans la voie de la condamnation de l'esclavage, même si cette bulle incomplète est restée lettre morte et inopérante trop longtemps. Un enfant de classe de quatrième est-il capable de comprendre ce qui rend le bilan économique de l'esclavage si contestable ? À quantité de travail comparable, le coût en capital de l'esclave + de son entretien + de son gardiennage serait supérieur à celui du salarié libre nous disaient les physiocrates, mais : 1/ est-ce que cette situation a été vraie pendant toute la période de traite transatlantique ? Était-elle similaire à d'autres époques et en d'autres lieux ? et 2/ est-ce à la portée d'un jeune de cet âge de le comprendre ? Est-ce si simple ? Je ne me sens pas capable d'aborder les aspects démographiques, sociaux et culturels, tant en Afrique qu'aux lieux d'exode des traites : je ne pourrais pas faire plus que d'asséner des litotes, ou tenter de formuler des interrogations que je serais bien incapable de résoudre… • Oui, des saignées démographiques ont eu lieu, la déportation de cette main-d'œuvre servile a certainement eu un impact sur la population d'Afrique et sa vie. Mais les guerres inter-ethniques existaient en Afrique avant la traite, et la réduction en esclavage y était pratiquée. Dispose-t-on de statistiques comparables sur la morbidité et la fécondité des esclaves victimes de chacune des traites et de ceux qui restaient sur place ? • Pour ce qui est des facteurs sociaux, une société coloniale avec quatre classes (grands Blancs, petits Blancs, Noirs libres, Noirs esclaves) présente-t-elle des avantages et des inconvénients vs une stratification de la société en noblesse + clergé + tiers-état nanti + tiers-état pauvre ? • Enfin, pour les aspects culturels, laissez-moi botter en touche, je ne sais vraiment pas répondre. Alors, quand un enseignant demande à un jeune de 13-14 ans de faire le bilan des traites négrières, je sens bien que seul le pathos infligé en cours sera utilisé, et un réquisitoire sera plus vraisemblablement obtenu. Est-ce la bonne façon de former de jeunes esprits ? Oui, si l'on éduque dans l'optique d'obtenir des citoyens dociles et facilement manipulables par les idéologues de demain, qui (les ficelles sont connues), useront et abuseront des émotions naturelles ou suscitées pour les priver de l'entendement, du libre-arbitre et anesthésier leur capacité de réaction. Et in fine asservir ces têtes blondes, brunes ou rousses. Mais, comme à mon habitude, je vois le mal partout.

Rémy Mahoudeaux

__ 1 Je n’ai trouvé qu’une seule information erronée due à une faute de logique : identifier comme « futurs » esclaves les prisonniers de guerres tribales situe au mauvais moment la réduction en esclavage, puisque ces prisonniers sont vendus. 2 Cette convergence concerne le parti pris idéologique de minimiser la traite arabo-musulmane et de mettre en avant la traite transatlantique opérée par l'occident chrétien. Est-ce de l'ethno-masochisme ? Il est important aux yeux de certains de faire peser de façon inégalitaire « le poids de l'héritage de ces méfaits » sur les jeunes générations, en fonction de leurs appartenances respectives à des communautés, ethnies, confessions (cf. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/encore-aujourd-hui_482221.html). 3 Lisons Voltaire : « Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres » (Traité de métaphysique) ; « Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir » (Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, 1753).

publié à l'origine sur Liberté Politique

jeudi 4 novembre 2010

Je n'ai pas battu en retraite

J'ai dû traverser une manifestation en cours de dispersion jeudi soir pour me rendre à mon dernier rendez-vous. Je me sentais certes un peu déplacé avec mon complet-cravate sur mon vélib' au milieu de cette foule de jeunes et de moins jeunes bardés d'autocollants, porteurs de fanions syndicaux ou brandisseurs de slogans.

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